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 Carrey | I join the cue on your answer phone And all I am is holding breath

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Carrey Burtley
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◊ fields harvested : 57
◊ moving in to Buffalo : 04/10/2014


MessageSujet: Carrey | I join the cue on your answer phone And all I am is holding breath Sam 3 Jan - 0:16

Carrey Susan Burtley

« Petite citation de votre gout par ici »


nom : Burtley
prénom(s) : Carrey, Susan
surnom(s) : Demandez à Elwyn, il doit pas manquer d'idées.
date de naissance : 22 Décembre 1985
lieu de naissance : Boston
âge : 29 ans
nationalité : américaine
métier : gratte-papier au commissariat de Boston, bien qu'à la base elle voulait être un agent mais elle a comme qui dirait rater l'examen d'entrée à l'académie.
situation : Un peu flou et puis faut dire qu'elle a jamais été très douée pour mettre des étiquettes ou demander les choses. C'est un peu mal barré si on en croit son mutisme.
orientation : Avant l'aiguille de la boussole s'affolait, maintenant elle a trouvé une sorte de stabilité. C'pas pour autant que c'est plus clair.

caractéristiques, tics, signes particuliers, choses à savoir
Adolescente déconnectée, jeune adulte bourrée de hargne et de colère, son caractère ne lui pas apporté que des bonnes choses. Elle n'a pas toujours été comme ça. Dans un passé, qui paraît très lointain, elle a été une enfant joyeuse, drôle et assez épuisante par son hyperactivité. Si sa grande-soeur jouait le rôle de garde-fou, sa petite soeur faisait les frais de ses farces et de son humour douteux. Elle rêvait de chevauchée dans le désert, de forêts enchantées, de tapis volant et de l'impossible devenant possible. Elle croyait en Peter Pan et en un monde où les enfants ne grandissaient jamais. Puis elle a grandi. Rêveuse, elle s'est heurtée à un monde trop vif, trop violent, trop tout ce qu'elle n'était pas. Carrey a du grandir, apprendre à supporter l'absence, à réparer les erreurs des autres et à vivre avec sa culpabilité. Celle du survivant, de l'enfant inconscient. Carrey c'est surtout quelqu'un qui s'en veut, beaucoup. Trop. Au point de s'être lancée dans une vie qui n'était pas la sienne, qui n'était pas faite pour elle. Les pertes accumulées l'ont poussé dans l'alcool, une voie facile comme celle du confort et de la stabilité - ou l'illusion de stabilité - que lui a offert Theodore. Elle s'est mariée trop tôt, a donné à sa passion dévorante pour cet homme une apparence d'amour sincère qui l'a mené dans un univers inconnu et douloureux.
Dans un élan de martyr, elle s'est sacrifiée, a mis ses rêves et ses désirs de côté pour s'élancer dans une vie que sa soeur aurait voulu vivre si elle avait vécu. Et elle a tout donné, des petits bouts d'elle, qui accumulés les uns aux autres sont devenus des parcelles de son être et elle s'est perdue. De la femme forte qu'elle était, qu'elle redevient, pendant toute une période elle s'est oubliée, s'est transformée en ces femmes soumises qui l'ont longtemps agacé.
Sa verve légendaire, son ironie, son cynisme, son humor pourri et sa grande gueule; elle a tout laissé dans un coin du placard pour devenir l'ombre d'une femme, l'ombre d'un être humain. Elle s'est laissée façonner jusqu'à perdre de vue tout ce qu'elle voulait être.
Le réveil a été donc violent et douloureux. Carrey s'est reprise, a ravalé cette personnalité "instable", qui l'a marqué à vie, pour devenir ce qu'elle n'a pas pu. Et même si elle ne le dira pas, elle le doit en parti à Elwyn, son colocataire, qui par son comportement d'enfant qui refuse de grandir incarne le Peter Pan qu'elle a longtemps attendu. Elle régresse, bien que pour elle elle se contente simplement de vivre l'adolescence qu'elle s'est interdite de vivre. Elle se libère de son image, retrouve sa bonne humeur, malgré ses crises de colères, arrête de s'en vouloir à tout bout de champs, s'amuse et fait claquer le fouet. Elle revit. Change. S'améliore. Oublie. Ou essaie.

Persiste à dire qu'Elwyn triche au Strip Mariokart, quand il gagne — A une sainte horreur des étiquettes qui dépassent des cols — Adore danser en t-shirt et culotte dans son salon sur "Pocketfull of sunshine" — A une petite tête de loup tatouée sur la côte, côté gauche avec la date de naissance de sa soeur aînée Lou-Ann — Va au stand de tir tout les samedi matins et y reste plus de trois heures — A pris l'habitude de taper le dos des flics avant qu'ils sortent du commissariat pour leurs rondes, une sorte d'habitude — A un DreamCatcher au-dessus de son lit, et croit dur comme fer qu'il lui avale ses cauchemars — Souffre d'insomnies à cause de sa mémoire eidétique, son cerveau ne la laisse pas forcément se reposer et elle se gave de somnifères — Peut pas s'empêcher d'analyser les gens quand elle les voit — Pleure devant Némo, Despicable Me et Monster &Cie. Adore Virgin Suicides et collectionne les ouvrages sur les tueurs en série, et les films sur Hannibal Lecter — Est obsédée par les meurtres et les enlèvements, c'en est malsain — Fout son nez absolument partout — S'imagine en constante compétition avec les hommes — Tout les 20 Octobre, elle passe la nuit dans un parc, à écouter de la musique. Avant elle se siffler des bières, mais depuis qu'elle a rejoint les Alcooliques Anonymes, elle évite — Déteste les couples niais et le romantisme, n'aime pas les Disney.. Sauf quand elle a besoin de regarder quelque chose de débile — Est une grande fan d'Oasis — Adore sortir en boîte et rentrer avec des inconnus, enfin avant — N'a pas la fibre maternelle, ça ne tiendrait qu'à elle, elle se ligaturerait les trompes maintenant...


avatar : Italia. Perfection. Beauty. Ricci
groupe : Riders in the sky
inventé/scénario : Mon inventée de mon coeur grâce à l'autre débile  



Depuis combien de temps êtes-vous à Buffalo ? Vous y plaisez-vous ?
Paraît que la campagne et son air pur sont bons pour la santé et le moral, m'enfin l'odeur de bouse de vache et la fumée des tracteurs dans les champs.. Est-ce qu'on est sûr que c'est bien pour la santé? Non parce que bizarrement depuis le début de la semaine là, j'ai la gorge qui me gratte et les yeux qui me piquent. Je suis peut être allergique au foin, ça m'aura au moins aidé à le découvrir. J'ai des critères assez élevés en matière de plaisir alors pour le moment, je sais pas trop si la ville me plaît.  
Que pensez-vous du conflit entre les Kelsey & les Fenley ? Prenez-vous part pour l'un ou l'autre ?
Qui ?

La technologie et vous, ça se passe comment ?
Je sais me servir d'un ordinateur portable, même si Elwyn beugle le contraire parce qu'il m'a surprise quand je me servais du lecteur cd comme dessous de verre - en même temps j'allais pas foutre ma tasse de café brûlante sur une table en bois, voilà l'affront. Je suis abonnée à plein de magazines et journaux en ligne, pour me tenir informée, alors autant dire que j'ai besoin de la technologie. Donc s'il faut aller se foutre sous le panneau d'entrée de la ville pour capter le réseau, je m'en fous, je le ferais.
Plutôt cheval, voiture, bus ?
Pardon ? C'est une blague ? Vous êtes pas sérieux là.. J'ai une gueule de Calamity Jane moi ? C'est pas parce que je porte une chemise à carreau que ça veut dire que j'ai envie de me la jouer cowboy des temps modernes. Et le taxi dans cette affaire? et les autoroutes? Et les bouchons? ... Merde.. mais alors on passe ses nerfs comment ici, si on peut pas insulter le chauffard de devant? pardon? Des chauffards en tracteur? Bordel..

prénom/surnom : Simone
boy or girl ? : ni l'un ni l'autre  
ce que vous pensez du forum : qu'avec l'alignement d'Orion ça en jette
où vous avez connu le forum : derrière le vase chinois de la grande tante Ursula
fréquence de connexion : sur la vibe baby, je surf sur la vibe
un dernier mot ? attention, ça glisse.

code par kusumitagraph'
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Carrey Burtley
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MessageSujet: Re: Carrey | I join the cue on your answer phone And all I am is holding breath Sam 3 Jan - 0:16


 

 
« Petite citation de votre gout par ici »

 
CHAPITRE 1. BOSTON

Octobre 1989.

Cette nuit-là, l'orage faisait vibrer les fenêtres, craquer les murs et l'obligea à serrer plus fort son ours en peluche. Malgré sa concentration sur la respiration de sa soeur aînée, endormie sur le lit près du sien, Carrey ne parvenait pas à s'endormir, son cerveau d'enfant imaginant que les branches qui frappaient les vitres étaient d'horribles mains de sorcière. On voulait la dévorer. Elle retint un cri et cacha son visage sous les oreilles de sa peluche, le regard rivé sur l'ombre qui se dessinait sur le mur face à elle. D'une forme indistincte, la chose se modifia pour prendre l'apparence d'un reflet humain, et discrètement elle loucha en levant les yeux pour voir que la porte fenêtre de leur chambre, qui donnait sur le jardin, s'était ouverte. La peur la paralysa, et aucun son ne parvint à s'échapper de sa gorge. Quelque part, il lui semblait impensable que quelqu'un d'autre que leurs parents puissent entrer ici, alors Carrey s'imagina qu'il s'agissait d'un rêve, et ce même quand l'homme - car s'en était un - se pencha au-dessus d'elle en collant son index contre ses propres lèvres. L'imitant, la fillette colla son doigt à sa petite bouche pour faire comprendre qu'elle saisissait les règles du jeu et ne cilla pas quand il posa l'oreille de la peluche sur ses yeux. De toute son innocence, elle crut fortement qu'il désirait seulement jouer, qu'il s'agissait d'un ami imaginaire ou non, et patienta. Ce fut le bruissement des draps à côté et le claquement de la fenêtre qui la firent se redresser brusquement dans un « Bouh ! » qu'elle voulut effrayant. Mais il n'y avait plus personne. Pas même Lou. Lou ? Le tonnerre gronda à nouveau et un cri puissant, qui lui brûla les poumons, s'échappa de ses lèvres. Un cri qui ne cessa pas quand ses parents débarquèrent dans la chambre. Il leur fallut quelques minutes pour réaliser que leur aînée n'était plus dans son lit. Encore dix minutes pour comprendre qu'elle n'était nulle part dans la maison. Et presque une heure pour se jeter dans le jardin à corps perdu, en hurlant son nom avant d'appeler la police.


Spoiler:
 



Ce qu'elle parvenait à lire sur le journal plié sur le bureau devant elle n'avait pas de sens. Assise, les mains agrippées sur les bords de la chaise avec désespoir et force, Carrey ne parvenait pas à trouver la logique de cette succession d'événements. L'inspecteur qui entra lui arracha un sourire; il tenait dans ses mains une boisson sucré et un paquet de bonbons qu'il déposa sur la table à ses côtés. Le problème c'était qu'elle n'arrivait pas à lâcher la chaise, paralysée par la peur inconsciente de tomber si jamais. « Je suis désolé de t'embêter avec ça Carrey, mais je vais devoir te poser quelques questions, si tu es d'accord, » et la gamine acquiesça. Il était beau cet agent, alors immédiatement elle l'imagina en tenue de prince charmant, confortée par cette idée de l'imaginer manier une épée pour vaincre un dragon. « Je voudrais que tu me racontes ce qu'il s'est passé la nuit où ta soeur a disparu, » mais la fillette secoua la tête de droite à gauche, et quand il insista elle finit par lâcher un des côtés de la chaise pour se plaquer l'index sur les lèvres « c'est un secret. »  Le jeune agent la dévisagea pendant quelques minutes avant de sourire tristement pour lui tapoter le dessus du crâne, et lui ouvrir le paquet de bonbons, l'abandonnant pour rejoindre ses collègues et les parents de l'enfant, de l'autre côté de la porte. Elle les voyait, à travers la fenêtre; sa mère dans les bras de son père, effondrée, et sa petite soeur dans les bras d'un autre agent, jouant avec sa radio, et les agents la regardant d'un air désolé. Mais Carrey ne comprenait pas, alors elle attrapa le paquet de bonbons et entreprit d'enfourner la moitié dans sa bouche.

La femme qui entra par la suite était grande, impressionnante et magnifique, du point de vue de la gamine à la bouche pleine de bonbecs du moins. Elle s'installa sur une chaise face à Carrey et lui sourit tout en lui retirant doucement le paquet pour attraper ses mains. Un contact qui raidit légèrement la fillette sur sa chaise. « Bonsoir Carrey, je suis un agent du FBI. Tu sais ce qu'est le FBI? » l'autre acquiesça, la tête rempli d'images de séries télés qu'elle surprenait Lou-Ann a regarder quand les parents dormaient. « Je voudrais que tu fermes les yeux, et que tu te laisses guider par le son de ma voix, tu veux bien essayer ? » mais la gamine refit exactement la même réponse qu'à l'agent quelques minutes plus tôt. « Je peux rien dire madame, c'est un secret. » Mais après une longue conversation, elle finit par obéir et fermer les yeux pour retracer la soirée, sans apporter de nouvelles informations, du moins pas de choses qui semblaient avoir un sens une importance. Une odeur de menthe forte, un anneau brillant sur le doigt que l'homme avait posé sur les lèvres, imité par Carrey, une carrure imposante et l'absence de bruit. L'agent du FBI, en ressortant, avait parlé de produit servant à endormir, et la gamine l'avait regardé en secouant la tête; ça expliquait surement qu'elle se soit sentie si épuisée quand il était là. Mais ça n'expliquait pas une chose; « elle est où Lou-Ann ? » et quand sa mère l'avait entendu, elle avait refondu en larmes, laissant le père s'occuper de ses deux filles.

1990 - 1995.

Le retour à l'école s'était fait difficilement, voir même terrible. C'était monsieur Burtley qui avait insisté pour renvoyer ses filles en classe, trouvant que l'ambiance du domicile n'avait pas bon effet sur elles. Ce n'était pas l'enfer, c'était plutôt cruellement silencieux. Madame Burtley, dépressive, c'était enfermée d'abord dans un mutisme glaciale puis dans sa chambre dont elle ne sortait plus du tout, le nez collé à la fenêtre pour observer les voisins. Les ragots allaient bon train dans le voisinage; certains, mauvaises langues, imputaient la disparition de l'aînée au manque de vigilance des parents, d'autres à l'inconscience de Carrey. Les autres se contentaient de les étouffer de présents, de plats, comme si l'affluence de nourriture allait leur faire oublier l'horreur de leur situation. Aussi Madame Burtley ne vivait plus que par procuration, là où son époux vivait un peu trop par lui-même. Personne n'était dupe; ses absences répétées n'avaient rien à voir avec le travail mais avec une autre femme. Quant à Melody, la petite soeur de Carrey, elle continuait de grandir à sa façon, les événements glissant sur elle parce qu'elle était trop jeune pour comprendre, parce qu'elle était encore débordante de cette merveilleuse innocence enfantine et que personne n'osait la confronter à la réalité. A tort, surement.
C'était surtout le psychiatre des soeurs qui avait convaincu le père de les laisser retourner à l'école, expliquant que les enfermer dans le cercle vicieux dans lequel les parents s'enfonçait n'était pas bon pour elles. Il leur fallait un contact avec l'extérieur, avec le monde pour apprendre à l'affronter malgré l'épreuve. Et bien que Carrey acceptait volontiers son sort, elle ne pouvait s'empêcher de revivre constamment cette nuit, dans des détails que sa mémoire lui permettait de se souvenir.

La fillette de sept ans se heurtait donc violemment à la cruauté des enfants de son âge, sans doute influencé par les discussions d'adultes qu'ils surprenaient sans les comprendre. Carrey se retrouvait seule; en classe, personne ne voulait se mettre à côté d'elle, à la récréation on refusait de la laisser jouer et à la sortie on oubliait régulièrement de venir la chercher et une voisine plus attentionnée, ou d'une curiosité maladive, la raccompagnait en la questionnant. La première année fut donc des plus difficiles pour elle, si bien qu'elle se concentrait sur l'école, ne vivait plus que par ça, au point d'en rejeter à son tour sa petite soeur qui apprenait à grandir sans son aînée pour veiller sur elle, ou l'épauler. Jusqu'à lui. Jusqu'à ce gamin, à peine plus jeune qu'elle, qui venait s'asseoir à côté d'elle à la cantine, jouer à ses côtés pendant la récréation. Ils ne se parlaient pas, du moins pas les premiers temps. Jusqu'au jour, pendant l'année 92, où le gamin se posa à ses côtés en tendant un sandwich.

« Tu veux de mon sandwich au beurre de cacahuètes ? Parce que ma mère met toujours trop de beurre de cacahuètes, et après ça m'écoeure, » et Carrey l'avait regardé comme s'il s'agissait d'une créature extra-terrestre, un être venu d'ailleurs qui n'était pas au courant qu'il s'adressait à la pestiférée de l'école. Et devant son regard, le gamin avait repris avec légèreté; « Quoi? Pourquoi tu me regardes comme ça ? T'aime pas le beurre de cacahuètes ? Dis le hein, » et en prenant le bout du sandwich, Carrey celait le début de leur amitié.

Au final, Carrey nouait avec lui une relation qu'elle aurait du nouer avec Melody, sa petite soeur. Mais parce qu'il était extérieur à son histoire, parce qu'il lui apportait l'innocence et la tranquillité, parce qu'il était drôle, ce gamin devenait la bouée de sauvetage d'une Carrey en perdition. Si ils commençaient comme des amis de cours de récréé, ils se mettaient progressivement à se raccompagner l'une l'autre à tour de rôle, à sortir en-dehors de l'école pour s'amuser dans le parc à mi-chemin entre leur demeure respective. C'était sa première véritable amitié, son premier confident, le seul à qui Carrey confessait se souvenir parfaitement de l'incident et du visage de l'homme, malgré qu'il ne s'agissait que de ses yeux et de ses mains.
Il fut présent quand Monsieur Burtley décida de divorcer de sa femme pour s'installer avec sa maitresse, déjà mère de jumeaux. Une situation qui fut particulièrement difficile à gérer pour Carrey qui dut non seulement voir sa mère se faire interner mais aussi emménager avec son père, sa belle-mère et ses demi-frères et soeur. Pour être tout à fait honnête, quitte à passer pour un monstre, Melody était passée à la trappe. C'était terrible, en y repensant, mais elle restait à part, coupée de sa propre famille parce qu'elle ne se souvenait pas, qu'elle n'allait pas mal et que de la petite dernière, qui aurait du être couvée, elle était désormais placée en cadette. C'était surement à cette époque, que Melody commençait à sombrer dans des travers, précoce pour son âge. Là où Carrey s'éloignait du cercle familiale pour chercher soutien chez son ami et le collège où elle entrait bientôt.

Juillet 1996.

L'année de ses treize ans fut la plus difficile. Tout d'abord parce que ce fut l'année où son père décida de se remarier avec sa compagne, faisant des enfants qu'ils avaient eu pendant leur liaison ses enfants au même titre que Carrey et Melody. Situation particulièrement difficile pour la seconde, qu'on avait envoyé en pension quelques temps parce qu'elle était trop dispersée en classe, que ses résultats n'étaient pas bons. Pour l'aînée, c'était un nouveau coup bas de son paternel, alors qu'elle continuait à nourrir l'espoir fragile de voir ses parents se remettre ensemble même si sa mère n'allait pas mieux dans son centre. Ensuite, le début de l'année 1996, Carrey était la proie d'un inconnu qui ne cessait de lui écrire des lettres dont le contenu choquant était constamment analysé par la police à qui elle les donnait. Ce fut vers le mois d'avril que l'homme lui envoya ce qui allait le trahir; une nouvelle enveloppe dans laquelle il avait glissé des photos de Lou-Ann. Photos que Carrey avait aperçu quand les inspecteurs les avaient observés après qu'elle eut apporté l'enveloppe, et qui marquait son esprit comme à peu près tout ce qui croisait son regard.
Sur l'une des photos, il avait laissé une empreinte partielle à partir de laquelle les policiers avaient pu remonter une piste qui s'était refroidit après un autre enlèvement des années plus tôt, selon le même mode opératoire. Ce fut surement à cet instant que Carrey sut ce qu'elle désirait faire plus tard.
Ils finirent par arrêter un homme et après une fouille minutieuse ils découvrirent bien une quinzaine de corps enterrés dans un jardin d'une seconde propriété dont il avait hérité. Une tombe dans laquelle reposait Lou-Ann, à quelque mètres du quartier où vivait Carrey. Ce fut surtout cette révélation qui lui brisa le coeur; savoir que sa soeur aînée s'était toujours trouvée là, pas loin d'elle et que si elle avait mieux regardé, peut être, elle aurait pu la sauver. Melody fut laisser à l'écart, pour son bien cette fois, dans son pensionnat pendant toute la durée de l'enquête et du procès.

Il fut condamné à mort en Juillet de la même année, exécution à laquelle Carrey ne put assister à cause de son âge mais qu'elle suivit à la télé. C'était une triste consolation, parce qu'elle réalisait que malgré son désir de le voir mourir, cela ne lui ramènerait pas Lou-Ann. A cause de l'état de son corps, ils enterrèrent un cercueil vide et Carrey décida de c'était le signe qu'il fallait qu'elle parte.
Après concertation avec son père, et appui de sa belle-mère - ce fut bien la première fois que cette femme l'épaulait -, elle fut envoyée à Cambridge, dans le Massachusetts, chez un oncle et une tante pour son bien-être et sa scolarité.


CHAPITRE 2. CAMBRIDGE, MASSACHUSETTS

Highschool. Lucy in the sky...

Quand elle entrait au lycée, Carrey était une toute nouvelle personne tant physiquement que mentalement. Elle avait laissé ses cheveux longs pour se faire une coupe au carré, abandonné les vêtements amples pour des tenues qui dessinait mieux sa silhouette en évolution et de son asocialité elle était devenue une véritable pipelette attirante. Si les autres n'y voyaient qu'une adolescence bien sa peau, ses proches ne s'y trompaient pas; elle cherchait à vivre dans la peau d'une autre pour se détacher complètement de sa famille à qui elle écrivait, ou qu'elle appelait de moins en moins régulièrement. En égoïste, elle était bien décidée à vivre loin des drames du passé, aussi elle s'entêtait à s'enfoncer dans un univers à des années lumières du sien. Toujours aussi concentrée en classe, elle s'autorisait bien plus à sortir, bien qu'une partie d'elle la rappelait constamment à l'ordre, l'empêcha de commettre les mêmes bêtises des filles de son âge.
Ce fut vers ses seize ans qu'elle rencontra Lucy. Une grande rousse à l'allure baba cool qui ne jurait que pas Bob Marley, les Beatles et qui pleurait encore la mort de Kurt Cobain. Elle était lunatique, casse-cou, fumait autre chose que des cigarettes et elle était jolie, à sa manière. Assez pour que les garçons s'enragent de la savoir lesbienne et assez pour convaincre la fille la plus hétéro de changer de camp seulement pour ses beaux yeux verts. Carrey et elle s'étaient retrouvées binômes en chimie puis en sport, et bien que Lucy avait manqué de lui faire brûler les sourcils en mélangeant les mauvais produits et la perdre en forêt pendant un parcours d'orientation, elles s'entendaient comme deux larrons en foire.
Lucy représentait tout ce que Carrey rêvait d'être, s'autorisait tout ce que la brunette désirait faire et complétait le sérieux de l'américaine par sa folie douce. La grande rousse surnommait affectueusement son amie "White Rabbit", parce qu'elle paraissait toujours en retard et ce même si on ne savait jamais pour quoi, et l'autre le lui rendait bien en faisant le mur - chez son oncle et sa tante - pour se balader à mobilette, malgré l'absence de permis pour l'une comme pour l'autre. Ce fut, sans conteste, la période la plus agréable de sa vie, la plus délicieuse et pleine de découverte.

« T'es tellement mignonne que j'ai envie de t'embrasser ! » Carrey avait eu la permission de se rendre à la soirée d'un garçon de leur classe, et après plusieurs essayage, Lucy lui avait trouvé la tenue parfaite pour la retrouver le soir même en bas de chez elle. Carrey avait sourit et tendu la joue pour recevoir son du, mais la jolie rousse ne l'entendait pas de cette manière et lui avait pris le visage pour l'embrasser à pleine bouche. Et si à l'époque la brunette en pinçait fortement pour ledit camarade qui organisait la soirée, le baiser de Lucy la laissait rêveuse et un peu niaise.
Son amie ne s'était jamais cachée de ses tendances homosexuelles, et ce malgré les mauvaises langues qui racontaient qu'à seize ans on ne pouvait être sûr de rien. Qu'elle s'affichait ainsi seulement pour se distinguer. Aussi, Carrey n'avait jamais réellement pris soin de s'intéresser à cette partie de Lucy, parce qu'elle l'aimait comme elle était et appréciait ce qu'elle lui apportait. Et loin de mettre le trouble dans leur rapport, ce baiser fut suivit d'une multitude d'autres tout aussi timide puis bien plus poussés.
Ce n'était pas une relation à proprement parlé; pour Lucy c'était très clair, elles étaient amies avec quelques avantages. Parce que par principe, elle expliquait que si les garçons pouvaient avoir ce genre de relation avec les filles, pourquoi pas elle. Carrey vécu donc ses années lycée entre ses retrouvailles crapuleuses avec Lucy et ses notes stables, voire même bien meilleures à partir du moment où elle se mit à fréquenter Lucy.

Et puis la fin du lycée, l'hésitation de sa rousse et l'entrée à la fac, leur fit prendre une décision; si elles mirent fin à leur amourette libre, elles restèrent de grandes amies, partageant leur chambre universitaire.

Anton.

Carrey cessa de se rendre chez elle pendant les vacances lors d'une dispute avec les jumeaux, du moins avec l'un d'eux. Parce qu'elle n'avait jamais pardonné à son père d'avoir trompé leur mère pendant sa dépression, l'accusait encore de l'avoir fait enfermer pour s'en débarrasser plus aisément, elle le tenait aussi responsable d'avoir oublié trop vite son aînée. Pour elle, il était le coupable tout désigné pour les merdes que Melody ne cessaient de se mettre dans l'organisme et pour toute l'attention qu'il portait aux jumeaux et leur petite soeur. Et pour Carrey, Brent et Callum étaient les responsables de pas mal d'autre chose, particulièrement Brent avec qui le courant ne passait pas. Parce qu'il était dans sa période de crise, qu'il se cherchait, il ne cessait de prendre tout le monde pour son inférieur, à commencer par son jumeau qui le laissait faire sans broncher mais à un repas de famille, quand il avait commencé à critiquer Carrey, les choses avaient progressivement dégénéré.
S'il lui faisait comprendre à quel point elle était sur la corde raide, dans ses rapports avec eux, à cause de ses absences et de ses excuses cela passait.. Mais lorsqu'il commença à parler de Melody comme d'une arriérée, Carrey avait vu rouge.
Certes elle n'était pas là pour sa cadette, avait beaucoup de torts dans cette histoire mais elle se considérait comme la seule à être autorisé à critiquer la jeune fille, si critiques il y avait à faire. Aussi, le ton était monté jusqu'à la gifle que Carrey avait envoyé à Brent et les insultes. Elle l'avait traité d'avorton, ça encore ça passait, mais quand elle avait commencé à le traiter de batard, d'enfant non-désiré et de briseur de ménage au même titre que sa mère.. Monsieur Burtley avait vu rouge et mis un fabuleux coup de pied dans le derrière de sa fille qui, acceptant mal d'être remise à sa place avait claqué la porte pour de bon.

Aussi c'était devenu chose normal pour les parents de Lucy, de voir débarquer Carrey chez eux, à New York, pour les fêtes ou les vacances. Ce fut vers Noël, ou peut être plus tard, qu'elle rencontra Anton, un beau garçon plus jeune qu'elle qui avait eu le béguin pour elle. Ca l'avait flatté, au premier abord, et puis après lui avoir donné un baiser elle s'était mise à penser à autre chose, songeant surement qu'elle ne le reverrait plus. C'était sans compter son admission au MIT, pas loin de l'université où se trouvait Carrey, leur faisant garder contact et poursuivre ce baiser.
Elle ne l'aimait pas, ou pas assez pour n'avoir d'yeux que pour lui, mais il comptait énormément dans sa vie. Parce qu'il était apparu à un tournant de son existence où elle n'aurait jamais cru pouvoir se relever. L'anniversaire de sa soeur, celui de sa mort, le silence radio avec sa famille, les conneries de sa soeur, tout ça était autant de coups dans son moral qui la faisait légèrement dégringoler. Et les consolations dans les bras de Lucy, les soirs où ça n'allait pas, n'étaient plus aussi efficace, surtout parce que sa nouvelle copine était particulièrement jalouse de leur relation.
C'était Lucy, d'ailleurs, qui avait poussé Carrey à continuer à fréquenter Anton, lui faisant étalage des effets positifs qu'il avait sur elle.

Mais il fallait se rendre à l'évidence; Anton était le parfait ami, le parfait confident, la parfaite épaule sur laquelle s'appuyer - au point d'en oublier parfois qu'il avait aussi ses problèmes - mais pas l'amoureux dont les filles pouvaient rêver. Et même s'il était plus jeune qu'elle, il y avait une sorte de complicité, mais pas assez pour faire de leur relation l'histoire d'amour la plus belle du moment.
Pourtant, quand ils franchirent les deux mois, il décida de l'inviter à la soirée d'un ami d'enfance, bien plus vieux que lui mais qui avait évolué dans le même monde et le même quartier que lui. Qui avait aussi été son babysitter et dont Anton était assez proche pour lui présenter Carrey, avant de la présenter à ses parents.

Ce n'était pas le genre de soirée auxquelles était habituée l'étudiante; le genre dans une demeure luxueuse où la robe semblait être la tenue adéquat là où Carrey s'était contenté d'un jean confortable et d'un chemisier piqué à Lucy. Cette faute fut surement ce qui frappa Theodore, l'ami d'Anton. Avec qui le premier face à face ne fut pas des plus agréables; il était pompeux, n'hésitait pas à se montrer cassant quand il trouvait les idées d'une personne détestable, et il allait même jusqu'à clairement critiquer la personne en se donnant de grands airs. Autant dire que quand Carrey avait vu le jeune homme et l'héritier disparaître dans le petit salon, elle encavait pu s'empêcher de les suivre pour les écouter.. A regret.

« Je suis pas sûr qu'elle soit faite pour toi, je sais bien que tu les aimes mordantes, mais elle va te manger tout cru, » la voix de Theodore lui avait presque fait saigner les tympans alors qu'elle serrait les poings, tandis qu'il continuait. « C'est surement le genre de femme qui va te briser le coeur, elle t'apportera rien de bon, crois moi, je les connais les filles dans son genre. Elle te fait les yeux doux, te prend la main, mais ce n'est que pour le moment, un matin elle te repoussera, te regardera à peine et tu t'enliseras dans une relation mauvaise pour toi parce que tu te seras accroché à elle, » et tout un tas d'autres critiques qui la rendait nerveuse. Et malgré ses tentatives pour la défendre, Anton finit par couper court à la discussion pour rejoindre la soirée et et retrouver Carrey qui fit mine de rien, malgré ses répliques acides à l'encontre de Theodore. Ce qui ne joua pas franchement en sa faveur.

Melody. Anton. Theodore. Everything falls apart..

Comme une suite logique à la soirée, Anton et Carrey mirent fin à leur relation quelques semaines après se promettant de rester amis. Avec le recul, elle fut d'un égoïsme incroyable, ne prenant contact avec le jeune homme que lorsqu'elle se sentait seule, avait besoin de parler mais n'était jamais disponible pour lui lorsqu'il en avait besoin. A tel point qu'elle ne pu jamais l'épauler, le soutenir et ignora même complètement le stress qu'il subissait tout comme elle n'avait jamais songé à la tournure que les évènements pouvaient prendre.

Entre ses cours de criminologie, dans lesquels elle s'impliquait et était récompensée par des notes proches de la perfection, même si elle n'était que troisième dans le top 3 des meilleurs de son cours, il lui fallait gérer les coups de téléphones intempestifs de Melody dont la vie prenait une tournure complètement impensable, mais aussi ses problèmes financiers. Elle avait décidé de se débrouiller quand son père avait claqué la porte, se pensant surement assez intelligente et débrouillarde mais le petit emploi qu'elle avait à côté ne suffisait bientôt plus pour payer ses études. Son oncle et sa tante ne pouvaient subvenir à tout ses besoins, devant s'occuper des études de leurs propres enfants, quant à ses grands-parents ils avaient pris leur retraite en Espagne et avaient brûlé leurs économies dans des voyages et autres cadeaux qu'ils s'offraient pour leur fin de vie. Sa mère ? Elle était encore en internement.

Ce fut comme si sa poisse lui revenait en pleine tronche, quand bien même elle avait quitté Boston, y laissant tout ce qui était négatif et que le destin s'amusait à lui faire comprendre que rien n'était jamais laissé derrière. La première à faire dégringoler la stabilité de son univers fut Melody. Elle avait abandonné les études, laissé tomber de nombreux emplois, en enchainant dans tout les domaines du plus légal au plus illégal, et gaspillait ses revenus dans de la poudre et autres poisons qu'elle s'envoyait. Jusqu'au jour où elle se rendit compte que ses nausées intempestives n'avaient plus rien à voir avec des relents de soirées. C'était en partie à cause d'elle que Carrey avait des soucis d'argents; parce qu'elle lui envoyait chaque mois un peu d'argent, dans l'espoir de faire oublier ces années où elle n'avait pas pris soin d'elle. Croyant surement que l'argent pouvait racheter son comportement, ou même acheter l'amour de Melody ce qui fonctionnait en parti. Oui, la grande brune était loin d'être un ange sans défauts, sans travers. Pas qu'elle n'aimait pas sa petite soeur, mais après la disparition et la mort de Lou-Ann, Carrey s'était enfermée dans sa solitude, refoulant tout le monde à l'entrée de peur de les perdre en s'y attachant. Aussi, elle avait décidé de ne pas laisser Melody s'accrocher à elle, tout comme elle avait mis de côté son rôle d'aînée, de soeur, d'amie.
Alors le jour où Melody, venu à Cambridge pour voir sa soeur, lui avait annoncé qu'elle était enceinte, Carrey avait eu la réaction la plus terrible, la plus méprisable, la plus égoïste qui fut. « Mais à quoi tu penses ? t'es sotte ou quoi ? T'as dix-huit ans, t'es à peine foutu de t'occuper de toi, tu préfères boire et fumer que te doucher et tu crois pouvoir t'occuper d'un enfant, d'un être autre que toi ? » elle avait ignoré les larmes de sa cadette, trop en colère, trop blessé et trop coupable pour la prendre dans ses bras et la rassurer. « C'est la dernière fois Melody. Si tu gardes l'enfant, tu peux dire adieu à l'argent que je t'envoie, adieu à notre lien. Parce que si tu crois que je vais t'aider avec ton batard, tu rêves. Si tu franchis la porte, c'est fini, ne t'attends pas à me revoir et à me présente avec un body le jour de sa naissance, » et elle avait regardé la jeune fille franchir la porte entre deux sanglots.

Et trop occupée par l'histoire de sa soeur, Carrey avait refusé de décrocher son téléphone les jours suivants, quand bien même le numéro d'Anton s'affichait. Surtout parce qu'elle était trop préoccupée par la solution à trouver pour parvenir à payer ses études, sans quoi elle allait devoir abandonner et trouver un autre métier.

« Je sais que j'ai du retard dans le paiement pour mon inscription mais, » elle s'était dit, un peu bêtement, que faire les yeux doux à la secrétaire du service administratif lui permettrait de gagner du temps ou même de faire disparaître la feuille de paiement. L'autre l'avait détaillé à travers ses lunettes rectangulaires, un sourire rouge et mal maquillé sur le visage. « Votre nom c'est Burtley ? » l'intéressée avait acquiescé avec une énergie étrange, et s'était stoppée quand le verdict était tombé, « vos frais ont déjà été réglé. » Fronçant les sourcils, Carrey ne sembla pas comprendre. Et quand elle demanda qui avait réglé, un nom sortit;  « Mr Monroe. » Plutôt que de la reconnaissance, elle sentit la nausée poindre et préféra retourner à sa chambre étudiante que d'aller le chercher pour le jeter au fond d'une tombe qu'elle aurait creusé avec bon coeur. Manque de chance, il était là, devant sa porte, à faire le pied de grue. Putain qu'il était séduisant. Putain qu'il était détestable et méprisant. Elle s'arrêta devant sa porte, mit la clé, tourna la poignée et referma la porte sans même lui adresser un mot, le laissant en plan sur le palier. Plus têtu qu'elle, il frappa avec insistance jusqu'à ce qu'elle lui ouvre. « Quoi ? Si c'est pour que je te remercie, tu peux toujours aller lécher le cul de la statue de Lincoln et danser un tango avec Satan sur les cadavres de tes majordomes, » il éclata de rire. Une réaction, il faut le dire, qui la laissa perplexe et muette. « Pardon mais.. Je sais pas où tu vas chercher des trucs aussi imagés. Surement une question de monde. Le fait est que tu peux me remercier plus tard, je suis là pour te sortir, » et il esquiva la claque qu'elle se préparait à lui envoyer, comme s'il avait appris en quelques mois à repérer ces gestes habituels chez elle. « Tu me prends pour quoi ? Un objet qu'on balade sous le regard des autres ? Une escort girl ? Tu t'es planté, je bosse à la bibliothèque pour payer mes études, pas dans une boite privée ou un strip club. Va t'acheter une autre fille pour tes soirées solitaires, sinon y a de très bon sites pornos que mon voisin peut te conseiller. » Elle s'apprêtait à fermer la porte mais il mit son pied pour la bloquer, savourant surement l'éclat de colère qui déformait ses traits. « Je me suis mal exprimé. Le fait est que j'ai attendu six mois pour venir te chercher, je pense que ça montre clairement que tu me plais, malgré ton caractère de merde et tes cheveux mal coiffés. Alors ce soir, je t'emmène boire un verre. Un seul. Et si ce verre ne te laisse pas un bon goût sur la palais, je te ramènerais chez toi. » elle plissa les yeux, hésitante, « et tu me laisseras tranquille ? » Il acquiesça et elle tendit la main pour conclure ce marché, se préparant de son côté à tout déprécier.

Ce fut une semaine, environ, après ce premier rendez-vous que Carrey apprit qu'Anton s'était donné la mort. Ce fut un choc pour elle parce qu'elle réalisait qu'elle l'avait complètement laissé tomber, relayé dans un coin tandis que sa vie prenait un nouveau tournant. Par respect pour lui, elle éconduit Theodore quand il voulut l'inviter à nouveau, ne cessant de répéter que la mort d'Anton ne devait pas l'empêcher de vivre comme elle l'entendait. Ce fut sans doute à ce moment qu'elle commença à boire, bien qu'elle avait commencé depuis un moment déjà mais ce fut ce décès qui la plongea complètement dans la bouteille, malgré de furtives tentatives de s'en sortir. Aussi elle tomba dans les bras de Theodore, quand la mère d'Anton l'empêcha de venir aux funérailles, la tenant responsable. Chagrinée, réalisant sans doute ses torts, Carrey trouva en Theodore un réconfort certain et leur relation continua vers ce constant besoin de sa présence. Elle nourrit pour lui une certaine dépendance, sans pour autant réaliser à quel point cela pouvait être négatif.

CHAPITRE 3. BOSTON
This is over.

Comment en était-elle arrivée là ? Qu'est-ce qui s'était passé dans sa vie pour que ça cloche à ce point ? Elle avait beau chercher, réfléchir, elle ne trouvait pas à quel moment elle avait déconné, à quel moment elle avait perdu le fil. A son premier verre de whisky peut-être ? A la mort d'Anton ? A son mariage ? Qui se mariait à l'âge de vingt-quatre ans ? Qui faisait ça ? Pas elle. Et pourtant. Elle était tombée dedans à une telle vitesse qu'elle avait à peine eut le temps de tendre les bras pour amortir la chute et s'était prise ses erreurs et sa merde dans la gueule. Les yeux rivés sur le plafond, elle croisa ses bras sur sa poitrine, et déglutit difficilement, des relents de vodka de la dernière soirée la rendant encore nauséeuse.
Ca devait surement avoir un rapport avec son refus d'entrée à l'académie de police, ce putain de mot souligné trois fois dans le dossier. Cette proposition minable de faire d'elle une consultante, une jolie façon de dire "on veut pas de vous mais si on a besoin de vos services on vous siffle", à laquelle elle avait répondu par la négative. Elle ignorait concrètement qui se trouvait derrière ce refus, bien que son minuscule côté paranoïaque ne cessait de lui souffler le prénom de Kelly. Mais ça paraissait trop absurde pour être fondé.
Les constantes réflexions de Theodore qui la rabaissait devaient aussi jouer. Elle baissa les yeux vers la femme assise à ses pieds et lui sourit légèrement, pour répondre au sien, et reporta son attention au plafond en grimaçant à une sensation de froid désagréable. Ses doigts se crispèrent et elle se mordit l'intérieur de la joue. Elle n'avait fait que de mauvais choix et cet entretien au foyer d'Ivy Cartwirght, à discuter avec d'autres femmes dans des situations qu'elle jugeait pires que la sienne, avait permis de lui remettre les idées en place. Plus d'alcool. C'était décidé. Elle pourrait le faire.
« C'est fini, » c'était tout. Deux petits mots. Rien de plus. Carrey dut admettre qu'elle était légèrement sonnée par ce simple petit mot. Fini. C'était fini. De tellement de manières, de tant de façon. C'était fini. Elle retira ses pieds des étriers, remis sa culotte et remis son jean en tremblant un peu et pris les brochures que la sage-femme lui tendait. "Parlez de votre avortement" et autre groupe de soutien qu'on lui conseillait d'aller voir mais Carrey n'en n'avait pas besoin, ce qu'elle venait de faire elle l'avait fait parce que c'était ce qu'elle voulait et elle n'avait pas eu besoin de réfléchir. Quand bien même cela faisait bientôt sept ans qu'elle était avec Theodore, elle ne se voyait pas mère, elle ne se voyait pas épouse très longtemps non plus .. Plus que ça; elle ne se voyait pas porter son enfant à lui.
Cela faisait déjà quelques semaines que leur relation se dégradait, parce qu'en se rendant dans le foyer d'Ivy, Carrey avait ouvert les yeux et se montrait bien moins enclin à s'ouvrir à son époux. Elle ne lui dit pas pour l'enfant, bien qu'il trouva la boite du test dans la corbeille en voulant la vider. Pour toute réponse, elle patienta quelques jours avant de lui annoncer qu'elle avait perdu le bébé. Ce fut une sorte de dégringolade. Ils s'évitèrent, du moins elle l'évita plus que d'ordinaire si cela était possible, et finit même par passer la plupart de ses soirées chez Lucy, trouvant soutien chez elle pour cesser la bouteille complètement.
Elle avait tant donné à cet homme, qu'elle aimait malgré tout, qu'elle avait du mal à retrouver qui elle était réellement.

Melody and Andrew.

« C'est votre soeur, » la voix au téléphone n'avait pas expliqué la situation en détails mais Carrey n'avait pas poussé la réflexion plus loin, attrapant veste et clés pour rejoindre l'hôpital de Cambridge le plus proche où se trouvait Melody. Une overdose, disait la voix féminine, un peu enrouée. Hallucinations. Cris. Hystérie. Autant de mots qui avaient fait trembler la jeune femme; parce que cela ressemblait à s'y méprendre à un appel concernant sa mère des semaines plus tôt. Peut être était-ce de famille, qu'elle aussi elle serait timbrée.. « Y avait ce garçon avec elle, » l'homme de l'accueil lui avait montré un garçon de sept ans et demi, les cheveux châtains, occupé à lire un livre - sans images le livre, autant dire qu'y avait de quoi provoquer l'admiration quand on savait que sa mère avait commencé à lire des livres sans images à partir de dix-sept ans - et seul dans son coin. Pas besoin de lui dire qui il était, il ressemblait à Melody, quand bien même Carrey refusait d'affronter la réalité.

« Qu'est-ce que vous allez lui faire ? » appuyée contre l'encadrement de la porte, elle regardait sa soeur se débattre, les liens la retenant au lit, alors qu'un infirmier essayer de lui injecter un sédatif. « Il y a de très bons centres dans les parages, » et la grande brune acquiesça, découvrant que ce n'était pas la première fois que Melody se retrouvait ici, mais bien la première en étant aussi perchée. Une mauvaise came paraissait-il. La vie, pensa Carrey. Sa cadette était perdue pour l'humanité, cela faisait longtemps maintenant qu'elle ne se faisait plus aucune illusion sur une quelconque amélioration mais ça.. C'était plus que ce qu'elle pouvait supporter. « Et le garçon ? » l'infirmière semblait perturbé devant le calme du gamin, alors que Carrey haussait les épaules. « Appelez les services sociaux ? » et elle quitta l'hôpital sans demander son reste, malgré la boule au ventre et la petite voix au creux de son oreille qui lui répétait d'y retourner. C'était trop dur. Parce qu'elle ne pouvait décemment pas regarder se gamin sans revoir sa petite soeur, sans penser à ce qu'elle était devenue tout comme elle ne parvenait pas à ressentir pour lui l'amour d'une tante, ou d'une marraine comme le lui apprenait des papiers quelques jours plus tard, envoyés par le service s'occupant du gamin. Après tout ce qu'elle avait fait, tout ce qu'elle avait dit, Melody l'avait tout de même désigné et comme personne à joindre en cas d'accident et comme responsable de l'enfant en cas de drame. Mais ce qui l'empêchait d'agir c'était ce manque d'empathie, ce manque de fibre maternelle. Elle avait foiré dans le rôle de grande soeur, elle foirerait surement dans le rôle d'image maternelle de substitution. C'était la suite logique de tout. C'était gros comme le nez au milieu de la figure.
Pourtant le jour où elle entra dans le bureau de l'avocat chargé de confier la garde de l'enfant à une famille d'accueil, avant de le placer ailleurs, et que le gamin s'approcha d'elle, Carrey se sentit un début d'élan affectif pour lui.

« Moi je m'appelle Andrew, toi t'es Carrey ? » et il avait tendu sa main en digne petit homme, que la jeune femme avait serré en acquiesçant. « Tu sais, c'est pas grave si tu t'occupes pas de moi, j'ai été content de te rencontrer, maman parlait tout le temps de toi, » et il tourna les talons. Comme ça. Juste comme ça. Sans rien dire d'autres. « Attendez ! » elle avait retenu l'avocate, et au lieu de signer les papiers, elle s'était lancée dans une procédure d'adoption. Tant pis. Elle avait raté sa soeur, son mariage, mais ça elle le réussirait. Et puis, ce serait juste le temps que Melody sorte de l'hôpital ou de trouver le père ? Right ?

Elwyn le chipmunk.

Elle avait fuit pour Boston, c'était pas une surprise en soit. A Theodore elle avait prétexté un besoin de se retrouver chez ses parents, bien qu'il avait particulièrement mal pris le fait qu'elle se lance dans l'adoption de son neveu, sans le consulter et surtout après lui avoir rétorqué qu'elle ne désirait pas d'enfants. C'était le monde à l'envers. A peine un mois après son retour à Boston, où elle avait emménagé dans son propre appartement, elle avait fait envoyé les papiers du divorce à Cambridge, sans formule de politesse, sans petit mot tendre. Juste ça. De la grande classe à la Carrey. Elle rejoignait les Alcooliques Anonymes, témoignant de son désir de s'améliorer auprès des services qui vérifiaient régulièrement que le gamin était en sécurité avec sa tante.
Mais la jeune femme du bien se rendre à l'évidence; élever un enfant, lui payer ses fringues, les frais de scolarité et la nourriture en plus du loyer avec son salaire d'archiviste.. Ca n'allait pas fonctionner bien longtemps. Et ses articles de blog ne lui offrait aucun revenu. Elle dut donc prendre un colocataire. Et elle aurait mieux fait de choisir une fille, ou un muet.. Peut être un chien même, qui aurait eu de quoi partager le loyer.

« Putain mais c'est quoi ça ? » inutile de préciser qu'elle vérifia que personne ne l'avait entendu pour ne pas avoir à cracher de l'oseille dans le pot à gros mots. Sur le miroir de la salle de bain, on avait collé un post-it; "En Thaïlande, il est illégal de sortir de la maison si vous ne portez pas des sous-vêtements. El' " il se foutait de sa gueule ?  Elle froissa le papier, le jeta à la corbeille et reprit sauf que quand elle ouvrit la pharmacie pour attraper son produit à lentille, elle se retrouva avec un nouveau post-it ; "Il est interdit aux musulmans de regarder les parties génitales d'un cadavre, ce qui vaut également pour les croque-mort ; les organes sexuels des défunts doivent toujours être recouverts d'une brique ou d'un morceau de bois." Serrant les dents, elle finit par pousser un hurlement enragé quand elle retourna dans le salon pur trouver un énième mot sur son ordinateur signalant cette fois qu'il savait tout. Tout quoi ? C'était pas bien difficile à deviner mais ce fut assez pour la mettre et en pétard et en retard au travail. Ce quotidien, s'il la changeait complètement de ce qu'elle avait connu avant, l'épuisait assez. Il lui fallut le reste de la journée pour réaliser qu'Elwyn avait recousu l'étiquette de son t-shirt, la faisant se gratter comme une dément. Elle allait le tuer, c'était certain.


CHAPITRE 4. BUFFALO

Les choses avaient évolué, elle avait perdu le fil sans vraiment savoir à quel moment tout ceci c'était mué en ce ramassis d'incohérence et d'incompréhension qu'elle n'avait à aucun moment prémédité. L'instant d'avant elle était une jeune divorcée, recalée à l'entrée de l'académie, s'occupant de son neveu et partageant son appartement avec un énergumène et désormais ce même colocataire n'était plus simplement l'idiot du coin. Il était son idiot. Elle pouvait encore sentir la chaleur de sa main contre la sienne, le frémissement de ses lèvres contre celles, délicieuses, d'Elwyn et même si cela n'avait aucun sens à ses yeux ça n'avait jamais paru aussi logique. Elle qui se défendait ce genre de légèreté, se pensant sûrement impropre à toute frivolité du coeur, préférant sans doute se la jouer martyr que dulcinée, s'était faite avoir par le plus fourbe des jeux; celui de l'amour, ou de ce qui y ressemblait.
La nécessité de fuir, comme celle qui l'avait prise aux tripes quand sa relation avec Theodore avait pris une véritable importance dans sa vie, ne lui avait même pas effleuré l'esprit et malgré ses nerfs en boule à l'approche de son examen d'entrée à l'académie et la tentative désespérer de Melody de reprendre son fils, Carrey avait accepté de suivre Elwyn à Buffalo.. Pour quoi? Allez savoir, il n'avait eu qu'à dire deux mots pour que la jeune femme se présente devant la porte avec sa valise et son sac à dos, les clés de la voiture en main et un sourire faussement énervé sur les lèvres.
Si elle n'avait plus vraiment envie de le tuer, elle ne savait pas encore trop ce qu'elle avait en tête de lui faire, mais la simple idée de se savoir loin de sa ville, dans un trou paumé, avec lui.. Voilà qu'elle se mettait à rougir.
   

 
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Pacey J. Garfield
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MessageSujet: Re: Carrey | I join the cue on your answer phone And all I am is holding breath Sam 3 Jan - 0:21

Rebienvenue Razz

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Aimer et être aimé en retour est une règle absolue
"Le plus grand bien que vous puissiez faire à quelqu'un, ce n'est pas de partager vos richesses avec lui mais de lui révéler les siennes." - Benjamin Disraeli©endlesslove.
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Elwyn F. Daniels
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MessageSujet: Re: Carrey | I join the cue on your answer phone And all I am is holding breath Sam 3 Jan - 1:41

*Lui envoie sa collection de figurines à la figure avant de remplir son sac de maquillage de post it très utile...* Je t'aime, Carrey. Va faire la vaisselle

ﺴﺴﺴﺴﺴﺴﺴﺴﺴﺴﺴﺴﺴﺴﺴﺴﺴﺴ

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Rain Dawson
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MessageSujet: Re: Carrey | I join the cue on your answer phone And all I am is holding breath Sam 3 Jan - 2:00

Re-bienvenue Very Happy
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Carrey Burtley
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MessageSujet: Re: Carrey | I join the cue on your answer phone And all I am is holding breath Sam 3 Jan - 12:25

Je vous Apple Pie tous Mais j'garde la chantilly que pour toi El'

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MessageSujet: Re: Carrey | I join the cue on your answer phone And all I am is holding breath

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Carrey | I join the cue on your answer phone And all I am is holding breath

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